On cherchait les douilles
par JEAN DELAF
Chanson

Écoute ce morceau sur la radio communautaire Tuneria.
Ouvrir sur Tuneria · Page de l'artiste · Album : Le Polygone
par JEAN DELAF
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Derrière le bâtiment C, il y avait le champ.
On disait le Polygone. Les grands disaient comme ça.
Des cailloux. Des chardons hauts comme ma hanche.
Un ballon crevé. On tapait quand même.
Moi j'avais dix ans. Ma valise était vide.
Elle était sous le lit. Je la gardais.
On cherchait les douilles.
On cherchait les douilles.
À genoux dans la terre, on cherchait les douilles.
Les soldats s'entraînaient là avant nous.
Ils avaient laissé du cuivre dans le sable.
Rachid en avait quatorze. Moi onze.
On soufflait dedans. Ça faisait un sifflet moche.
On frottait avec du crachat, avec la manche.
Ça brillait deux minutes. Après, plus rien.
On cherchait les douilles.
On cherchait les douilles.
À genoux dans la terre, on cherchait les douilles.
Ma mère criait du troisième qu'il faisait nuit.
Elle avait les clés dans la poche du tablier.
Une maison à Bab el Oued. Elle n'était plus à nous.
Elle criait fort. Elle ne descendait jamais.
On remontait les poches lourdes, les genoux fendus.
On vidait tout sur le lino. On comptait.
On cherchait les douilles.
On cherchait les douilles.
À genoux dans la terre, on cherchait les douilles.
Mon père rentrait. Ses mains sentaient le ciment.
Il regardait le tas. Il disait : c'est du laiton, pas du cuivre.
Puis il en mettait une dans sa poche.
Il enlevait ses chaussures. Il ne disait plus rien.
On avait un terrain, des chardons, un ballon crevé.
Le lundi, il y avait des traces de pneus dans le champ.
Et des piquets. Et de la ficelle orange.
Nous, on a cherché les douilles comme d'habitude.
On a sauté par-dessus la ficelle.
On n'a rien regardé d'autre.
On cherchait les douilles.
On cherchait les douilles.